SOMMET - Discours du Secretaire General de l'OIF

SOMMET - Discours du Secretaire General de l'OIF

Messagepar christine » Jeu Oct 12, 2006 7:22 am

Allocution de Son Excellence Monsieur Abdou DIOUF,
Secrétaire général de la Francophonie


Cérémonie d’ouverture du XIème Sommet de la Francophonie
Bucarest, le 28 septembre 2006


Seul le texte prononcé fait foi

Nous venons d’entendre des paroles fortes. Des paroles stimulantes qui expriment avec conviction votre engagement, notre engagement collectif au service de l’ambition francophone. Des paroles qui donnent aussi la mesure de nos responsabilités et de l’immense travail qui reste à accomplir.
Ces paroles ont nourri ma fierté d’être ici, parmi vous, à Bucarest pour ce XIème Sommet de la Francophonie. Merci à la Roumanie, Merci au peuple Roumain. Merci Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, pour votre accueil, votre hospitalité. Pour la chaleur et l’enthousiasme avec lesquels vous avez si bien œuvré pour que ce Sommet soit une réussite, un éclatant rassemblement de notre famille francophone.

En préparant ce Sommet, nous avons gardé à l’esprit ce que vous nous aviez dit en avril dernier, et qui nous a touchés.
« La Francophonie est une histoire qui a commencé en Roumanie, il y deux cent ans (…) La langue française a été porteuse des valeurs qui ont permis le développement européen de la Roumanie. Elle est restée cet idiome de la liberté et du développement de l’esprit pendant les années de totalitarisme. (…) Après la chute du Communisme, les premiers pas de notre politique étrangère se sont orientés vers cette communauté dont nous nous sentions partie prenante. ».
Avec cette histoire et ces convictions, vous allez demain entrer dans l’Union européenne et occuper une place de choix au sein du groupe des États membres de l’OIF, qui avec la Bulgarie s’élèvera au nombre de 13. Dans cette Europe qui se bat pour son unité, qui se bat pour jouer son rôle dans le monde au service des meilleures causes, soyez fiers d’être francophones. Vous avez tant de choses à nous offrir. Tant de choses à apporter à cette Europe forte et riche de sa diversité dont nous avons besoin.

Hier, nous étions au cœur de l’Afrique sahélienne et je salue le Président Blaise Compaoré qui nous a brillamment accompagnés depuis avec autorité, compréhension et intelligence. Demain, nous serons avec tout notre enthousiasme au cœur de l’Amérique du Nord. Aujourd’hui, nous nous réunissons ici à Bucarest, dans cette région où la Francophonie se rénove et se reconstruit, où ce Sommet marque pour nous le point de départ d’un nouvel élan.

C’est l’Éducation et les nouvelles technologies que nous avons choisies comme thème de ce XIème Sommet. C’est là un sujet grave et d’une importance exceptionnelle. Nous savons qu’il est inimaginable d’installer dans notre monde une paix durable, une démocratie crédible, une croissance et un développement solides, sans renforcer et moderniser nos systèmes éducatifs, en particulier ceux qui dans nos pays connaissent le plus de difficultés, de retards, voire d’échecs.

Cent vingt millions d’enfants dans le monde - plus de la moitié sont des filles - ne sont pas scolarisés, dont pas moins d’1/3 en Afrique au Sud du Sahara. Deux enfants francophones sur cinq ne connaissent pas l’école, et deux autres ne peuvent arriver au bout de leur cycle primaire.
Cette situation est un drame pour l’humanité. Elle est inacceptable et dangereuse. Elle favorise l’inégalité, l’exclusion, l’incompréhension. Elle menace la paix. Elle est un terrible handicap pour réussir le dialogue des civilisations et enraciner la démocratie.

Depuis Jomtien en 1990, puis Dakar en 2000, la Communauté internationale a prisau sérieux le défi de l’Éducation. Du Sommet du Millénaire à New York à la dernière réunion du G8 à Saint Petersbourg, l’Éducation devient enfin une grande priorité de l’agenda international. La Francophonie a toujours placé ce sujet au cœur de son action. Elle se rassemble, aujourd’hui à Bucarest, pour clarifier et renforcer ses interventions dans ce domaine et prendre toute sa place dans
l’ensemble des efforts déployés par la Communauté internationale.


Allons de l’avant. Tous ensembles. Nous le devons aux enfants du monde. Il s’agit de leur avenir. De notre avenir.
Pour leur donner le sourire et l’espoir, pour leur donner toutes les chances de réussir et de vivre libres, nous ne devons plus nous demander si les Objectifs de Développement du Millénaire sont un rêve ou une utopie. Si l’Éducation pour tous est à notre portée. Nous devons agir concrètement. Sur le terrain. Nous devons amplifier nos efforts, produire des résultats, atteindre les objectifs fixés.
Il a été démontré à l’occasion du Sommet mondial sur la Société de l’information, à Genève et à Tunis, que les nouvelles technologies sont un outil majeur au service de l’Éducation. Elles ouvrent de larges horizons. Elles sont porteuses de solutions novatrices. Exploitons encore davantage ce potentiel si riche et si fascinant.
Mais n’oublions pas qu’actuellement, nos pays francophones en développement sont les plus durement touchés par la fracture numérique, ce qui les met en position de faiblesse pour bénéficier des avantages de la société de l’information.
C’est à cette priorité là que je m’attache d’abord, que notre Organisation travaille, que nos États et gouvernements doivent porter leur attention. L’OIF et les opérateurs de la Francophonie sont regroupés et engagés dans ce chantier, avec tous leurs outils, leurs réseaux, leurs compétences.
Nous voulons que l’Éducation serve la paix, l’égalité, la liberté.
Si la Francophonie, ces dernières années s’est développée, renforcée, rénovée, éorganisée avec votre appui clairvoyant, n’est-ce pas avant tout pour répondre à ce besoin criant de paix, d’égalité, de liberté ? N’est-ce pas dans cette direction que notre action politique et notre coopération multilatérale concentrent toute leur énergie ?


A Ouagadougou il y a deux ans, puis à New York l’an dernier, vous nous avez donné de précieux repères pour notre action politique. Nous avons travaillé dans ce sens à Madagascar, à Bamako, à Saint Boniface. Nous avons sur le terrain agi avec nos moyens dans le même esprit.
C’est vrai, nous devons nous féliciter des progrès encourageants accomplis, par exemple, aux Comores, en Haïti, en Centrafrique, en République Démocratique du Congo, au Togo, en Mauritanie…. Mais tous nos pays en crise et en transition n’avancent malheureusement pas au même rythme sur le chemin de la paix, de la réconciliation et de la démocratie. Qu’ils soient assurés de notre solidarité et de notre totale disponibilité pour les aider. Cependant, nos efforts risquent d’être vains
s’ils ne retrouvent pas devant eux une exigence absolue de respect de l’intérêt supérieur de la nation, une grande abnégation, un profond respect des espérances des populations.

Cette certitude, je le sais, est partagée par nos partenaires de la communauté internationale qui poursuivent avec nous, inlassablement leur course contre la guerre et la violence, la discorde et la haine, la pauvreté. Continuons malgré tout, et écoutons Koffi Annan quand il nous dit « qu’il s’agisse de rétablissement de la paix, d’édification des nations, de démocratisation ou d’intervention en cas de catastrophe naturelle ou autre, nous avons tous pu constater que même les plus forts d’entre nous ne peuvent réussir seuls ».

Et je tiens à saisir cette occasion pour adresser un vibrant hommage au Secrétaire général des Nations-Unies au moment où il va arriver au terme de sa mission. Il a su défendre, souvent dans des conditions d’extrême difficulté, la plus haute idée de la communauté internationale et de ses valeurs. Il a rappelé en permanence que le multilatéralisme est la seule réponse démocratique aux désordres du monde. Il a fait honneur à l’ONU. Il a fait aussi honneur à l’Afrique.


C’est ce multilatéralisme, dans toute la noblesse des valeurs qui l’inspirent, qui nous a permis de franchir en novembre 2005 à l’UNESCO une étape historique avec l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Je veux vous dire, Monsieur le Directeur général de l’UNESCO, que ce Sommet est aussi le rendez-vous de la diversité culturelle. Un rendez-vous qui marque un engagement. Pas seulement des mots, mais aussi des actes. Celui de la ratification de la Convention qui est avancée et qui va s’accélérer, notamment grâce au dynamisme de nos États membres. Celui aussi
de la préparation de sa mise en œuvre. Nous nous sommes engagés à renforcer les politiques et les industries culturelles de nos États. Nous allons le faire !

Nous nous sommes engagés à renforcer la coopération culturelle internationale parce que cela est nécessaire au dialogue des cultures dont nous avons tant besoin. Nous allons le faire !

Monsieur le Président de la République française,
Le 13 septembre dernier à Paris, vous nous avez montré votre sagesse et votre clairvoyance. Permettez-moi de vous citer « Aujourd’hui l’urgence nous sollicite. Il faut dissiper les stéréotypes, les peurs et les mauvais souvenirs afin de croiser enfin nos regards, de surmonter ce qui nous oppose et de construire notre avenir partagé. (…) Il faut agir vite et fort. Agir sur le front politique et diplomatique, pour la paix. Agir par le dialogue des sociétés et des cultures. Ces deux modes d’action,
le mode politique et le mode culturel, le traitement des crises et le dialogue des cultures, doivent être conduits en parallèle ».
Cet engagement, à l’aube de ce nouveau millénaire, est loin d’être anodin. Un monde qui sait faire vivre harmonieusement ses identités par le dialogue, le respect, le partage, la diversité des cultures et des langues, est un monde qui refuse la discrimination, l’intolérance et l’oppression. C’est un monde qui veut imposer la dignité, la paix et la liberté.


Une première étape a été franchie, sans triomphalisme, ni autosatisfaction. Nous allons avancer encore. « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert » nous a dit André Malraux. Cette vérité vaut pour la Francophonie, ses valeurs et ses combats. Elle vaut pour notre langue, pour la démocratie, pour le développement. Pour ce qui nous unit. Gardons cet esprit de conquérants dignes, courageux et respectueux de l’autre.
christine
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