Faut-il etre BILINGUE ou TRILINGUE ???

Faut-il etre BILINGUE ou TRILINGUE ???

Messagepar christine » Mar Juil 14, 2009 4:27 pm

"La vérité, ce n'est pas bilingue mais trilingue
que vous devez être..." (Nicolas Sarkozy)


"La vérité, ce n'est pas bilingue mais trilingue que vous devez être..." (Nicolas Sarkozy)

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Deux déclarations récentes de Nicolas Sarkozy et de Richard Descoings appellent une analyse de l'OEP.

Le Président de la République
d'abord, dans un article paru dans Le Monde du 12 juin 2009 :
"Troisième débat, les langues vivantes. L'objectif en Europe est d'apprendre deux langues étrangères. "Si certains de vos camarades ont du mal en français, est-ce que c'est raisonnable de leur donner deux langues, alors qu'ils ne possèdent pas la leur ?, s'interroge M. Sarkozy. Est-ce qu'on n'a pas intérêt à les concentrer sur une langue, l'anglais par exemple, et mettre les heures de la seconde langue en renforcement du français ?""

Richard Descoings ensuite.
Dans la revue Capital de juillet, p. 128, Richard Descoings dit ceci. « On met en cause les classes surchargées, à juste titre pour l´anglais et l´espagnol. Mais je pense qu´il faut aussi amender l'obligation d´étudier deux langues. Il faut savoir qu´elle s´explique essentiellement par la francophonie : c´est une contrepartie donnée aux autres pays pour qu´ils continuent, eux, à enseigner le français. Préserver le rayonnement de notre langue, c´est bien, mais en attendant, trop d´élèves arrivent au bac en parlant à peine l´anglais et quasiment pas l´espagnol, tout en rencontrant encore des difficultés en français. Gardons la possibilité d´étudier une seconde langue vivante pour ceux qui y parviennent, mais je propose que l´on puisse consacrer ces heures de cours au renforcement du français et de l´anglais, sur la base du volontariat. Lorsque nous avons évoqué cette idée dans les tables rondes, certains professeurs sortaient les banderoles, mais les parents et les élèves réagissaient en général très favorablement. »
Tous ceux qui en Europe s'inquiètent du raz de marée de l'anglais dans l'enseignement et la marginalisation des autres langues vivantes, tous ceux qui voient dans la dérive vers le tout anglais une régression culturelle et non une ouverture, tous ceux qui tirent les conséquences de ce que "diversité culturelle" veut dire , tous ceux qui ont prêté une oreille attentive au discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Caen le 9 mars 2007 lors de sa campagne présidentielle et ont voulu y voir plus qu'un discours électoral, se posent de sérieuses questions.
La première règle est de ne pas sortir les propos de leur contexte et de restituer l'exactitude du propos. Il y est question des jeunes qui arrivent au collège sans avoir les bases nécessaires en français. On estime que 15% des élèves sont dans ce cas.
C'est un enjeu considérable quand on pense que la langue nationale ou maternelle est la base de tout l'enseignement, car elle est la base de tous les autres enseignements.

On peut certes s'étonner de l'importance donné à l'anglais dans le propos présidentiel, mais l'accent en réalité est mis sur le français.
Et Nicolas Sarkozy n'évoque pas que l'anglais. Il dit "l'anglais, par exemple, ...et l'allemand, et l'espagnol, etc.. La vérité vous savez, je le dis pour les jeunes, la vérité, ce n'est pas bilingue que vous devez être, la vérité c'est trilingue que vous devez être, parce que dans les autres pays européens, c'est bien ce qui se passe." http://www.youtube.com/watch?v=1VfwDSaIM60
Donc, un grand objectif de salut public est bien de parvenir à faire baisser significativement le nombre de jeunes en difficulté grave. Mais il va de soi que dès que ces jeunes auront rattrapé leur retard et seront à nouveau en mesure de suivre une scolarité normale, ils doivent suivre le régime commun, c'est-à-dire apprendre au moins deux langues vivantes.
Car apprendre deux langues vivantes n'est pas une malédiction. C'est au contraire un grand enrichissement personnel et une chance d'ouvertures pour leur avenir professionnel. C'est également une nécessité économique.
Nous ajouterons cependant une précision.
La priorité à l'anglais, c'est-à-dire l'anglais comme première langue, contrairement aux idées reçues, ne s'impose absolument pas, et le fait que 95% des élèves de primaire apprennent l'anglais nous paraît tout à fait excessif.
La raison est très simple : si l'anglais est pris systématiquement en L1, bien que nous n'en fassions pas une loi, la langue apprise en second, sera presque toujours une langue que l'on maîtrisera moins et que l'on n'utilisera pas ou peu, celle que l'on comprendra mais que l'on ne parlera pas. Tandis que si l'on fait l'inverse, que l'on commence par l'allemand, l'espagnol ou l'italien par exemple, les chances de posséder l'anglais en L2 sont beaucoup plus grandes. Dans le premier cas, la compétence est 1+1,5, c'est-à-dire une langue et demie en plus de la langue maternelle, dans le second c'est 1+2, c'est-à-dire réellement deux langues en plus de la langue maternelle. Bien sûr il y a des exceptions et nous connaissons des jeunes pour lesquels la deuxième langue est devenue au cours des études la première, mais ce sont plutôt des exceptions.
Encore une fois, cette remarque ne s'applique pas aux jeunes en difficulté pour lesquels des stratégies spécifiques doivent être appliquées. Dans certains cas d'ailleurs, l'apprentissage de la langue maternelle, quand elle n'est pas le français, peut s'avérer plus judicieuse que l'anglais.

Le propos de Richard Descoings appelle quant à lui deux observations fondamentales :
- la première est qu'il ne faut pas tirer des conséquences générales d'un cas particulier: les actions spécifiques à mener en faveur des jeunes en difficulté ne peuvent servir de modèle pour l'ensemble du système d'enseignement, d'autant que ces jeunes en difficulté ne sont pas destinés à le rester, si les mesures gouvernementales ont l'efficacité attendue.
- la seconde tient à une erreur de fait. Si l'Europe propose un enseignement d'au moins deux langues vivantes en plus de la langue maternelle, c'est sans doute pour défendre notamment le français, objectif bien légitime face à un impérialisme linguistique qui œuvre à visage découvert, mais pas seulement. Toutes les langues sont concernées, "grandes langues" et langues moins diffusées. Le but est d'assurer la circulation horizontale des idées, des savoirs et des imaginaires entre les pays européens. C'est une belle ambition qu'a superbement exprimée le rapport Maalouf établi à la demande de la Commission européenne. C'est aussi une question de bon sens. Quand plus de 100 millions d'Européens sont de langue allemande, quand l'Allemagne est de loin le principal partenaire économique de la France, est-il raisonnable que l'allemand soit une langue devenue si difficile à apprendre que ce soit en primaire ou dans le secondaire par manque d'enseignants à l'heure où l'intérêt pour cette langue est de nouveau en hausse (Cf. dernier numéro de l'ADEAF) ? Ce qui vaut pour l'allemand est également vrai pour pour d'autres langues Le refus du tout anglais et de la pensée unique que le tout anglais véhicule est à la base du projet européen. C'est donc un enjeu économique, culturel et civilisationnel majeur.

Ceux qui pensent que deux langues à apprendre avant le bac, c'est trop exiger des jeunes, ont tort. Beaucoup de pays y arrivent très bien, des pays scandinaves à la Roumanie, et cela n'est pas une question de don. C'est tout simplement prendre au sérieux la question des langues et être réellement motivé pour les apprendre : qu'un pays comme la Grande-Bretagne connaisse aujourd'hui une régression de l'enseignement des langues vivantes n'est pas une surprise, et ne vient pas du fait que les jeunes Britanniques soient moins doués que les autres. Mais c'est un sujet d'inquiétude pour les Britanniques eux-mêmes, c'est un signe de repli sur soi et de désintérêt à l'égard du reste de la planète non-anglophone.
Nous espérons donc que Richard Descoings, dont le rapport sur l'avenir du lycée contient tant d'excellentes propositions, et alors que Sciences Po est une institution où les langues, et pas seulement l'anglais, sont particulièrement à l'honneur, voudra bien nuancer un propos dont la teinture journalistique, avec son caractère de raccourci simplificateur, est assez regrettable, voire dangereux dans la mesure où il peut influencer l'opinion...

Christian Tremblay et Astrid Guillaume

Président et Vice-présidente de l'OEP

OBSERVATOIRE EUROPEEN DU PLURILINGUISME
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