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ÊTRE FRANCOPHONE EN ROUMANIE

par Nicolae DRAGULANESCU
Président de la Ligne de Coopération culturelle et scientifique Roumanie-France
Professeur, Université polytechnique, Bucarest

(Intervention de l‘auteur a la conférence de la
BIENNALE DE LA LANGUE FRANCAISE, Bucarest, 1995)

1) C'est tout d'abord bien maîtriser la langue française

C'est en décembre 1989 que les Français ont découvert - avec un grand étonnement (d'ailleurs tout à fait explicable après 45 ans de guerre froide) - qu'à l'autre bout de l'Europe, à 2300 km de Paris, il y avait des Roumains s'exprimant parfaitement en français devant les caméras de télévision et les micros des radios.

Les mois suivants, les Français de passage en Roumanie ont été agréablement surpris de constater que les Roumains - jeunes et moins jeunes - savaient, pouvaient et voulaient s'exprimer en français et qu'ils éprouvaient même un grand plaisir de pouvoir parler, enfin, librement et ouvertement la langue de Molière.

Les Français et les autres étrangers nous visitant venaient ainsi de découvrir la francophonie de la Roumanie. Mais les Roumains, eux, savaient bien que, depuis presque deux siècles, la langue française représente pour eux non seulement "la langue internationale", "la deuxième langue" et "la langue de la culture", mais aussi et surtout leur "langue du coeur". Malgré les vicissitudes de l'histoire de Roumanie pendant tout un demi-siècle, la francophonie et la francophilie sont restées vives dans l'âme et le coeur des Roumains, pour lesquels la langue française n'a jamais été un simple moyen de communication, mais a été bien plus : une façon de communiquer avec le monde.

Les raisons de cette situation sont à la fois nombreuses, complexes et assez peu connues. Voici une explication correcte et pertinente, fournie par Xavier Deniau dans sous ouvrage bien connu dédié à la francophonie (3) :

"Le cas de la Roumanie est particulièrement intéressant. L'expansion du français dans les provinces danubiennes de Moldavie et de Valachie est considérable au XVIIIe siècle. Ceci tient à deux causes : linguistique car le roumain est une langue romane (donc proche du français) et historique (...). La volonté des princes, la curiosité des femmes de la haute société - pour qui ..."savoir le français (...) était indispensable" -, la diffusion des livres français, les contacts avec les Russes francisés, la fréquentation des écoles grecques concourent à implanter le français dans la future Roumanie que la France aide à se constituer comme État unique et indépendant."

Les Roumains et les Français sont donc des Latins. Ils le sont par leurs langues, cultures, esprits et caractères; ils le sont aussi - malgré les différentes influences subies pendant à peu près vingt siècles - dans leurs comportements, dans leurs traditions, coutumes, arts et folklores, ainsi que dans le goût qu'ils ont pour les contacts humains, les débats et les confrontations d'idées.

Cette conscience de la latinité commune - moins évidente pour les Français, mais essentielle pour les Roumains - a joué un rôle très important dans le développement de la francophonie et de la francophilie des Roumains, dans leur état d'esprit et leur attachement à l'égard de la France (pays qu'ils appellent toujours et avec pas mal de fierté "notre soeur aînée"...). Mieux encore, les Roumains savent que leur langue n'a pas une audience internationale et que, de ce fait même, la culture roumaine risquerait d'être marginalisée. Pour écarter ce danger, de nombreux écrivains roumains ont choisi d'écrire leurs oeuvres dans la langue internationale la plus accessible - le français. D'ailleurs, l'essentiel des oeuvres littéraires réalisées en roumain a déjà été traduit en français (9).

C'est ainsi que, malgré la distance géographique qui sépare les deux espaces socioculturels et malgré les vicissitudes de l'histoire, la France est devenue peu à peu pour la Roumanie - comme d'ailleurs pour d'autres pays - "presqu'un mythe de culture, de liberté et de démocratie (7)".

Cette influence a commencé en Roumanie vers l'année 1750 (d'abord par l'apprentissage et l'usage du français, ensuite par l'adoption de certaines idées, pratiques, manières, codes, us et coutumes spécifiquement français) et n'a pas cessé depuis, même pendant la guerre froide, hélas!... Cette influence française a modelé la pensée et la sensibilité roumaines, a développé la francophilie des Roumains et, actuellement, peut être identifiée dans l'ensemble des manifestations de la spiritualité roumaine : politiques, sociales, culturelles, linguistiques, etc.

Par exemple, en ce qui concerne la langue roumaine, il faut mentionner que, grâce aux "emprunts linguistiques" du français (effectués depuis la fin du XVIIIe siècle), celle-ci a subi un vrai "processus de réromanisation", si bien que plus de 50 % des mots roumains actuels sont d'origine latine et française (5). Mieux encore, la terminologie roumaine des techniques de l'ingénieur - conçue à partir du XIXe siècle - "s'est formée avec l'apport essentiel, presque total, du français (4)". Un autre exemple : dans la littérature roumaine, ce qu'on avait appelé "le modèle français" a fonctionné presque sans interruption jusqu'en 1941(4).

Malheureusement, de 1945 à 1990, la guerre froide et le rideau de fer ont contribué à exacerber - par la tentation de l'interdit et de l'inaccessible - les dimensions de la France et des Français aux yeux de nombreux Roumains. L'enseignement du français aurait dû corriger ces images simplistes et stéréotypées (voire naïves) à l'aide des informations sonores et surtout visuelles, véridiques et adéquates. Après 1990, la situation a commencé à s'améliorer, mais on est toujours loin d'une image réelle (faute de moyens audiovisuels et aussi, hélas!, de visas de séjour pour la France....) (9).

L'influence française en Roumanie est aujourd'hui facilement reconnaissable dans l'esprit roumain, en politique aussi bien qu'en ce qui concerne la législation, dans les oeuvres littéraires comme dans l'approche administrative, dans l'enseignement ou dans la vie sociale, mais surtout dans le statut tout à fait privilégié de la langue française. Un exemple parmi d'autres : le Code civil roumain, promulgué en 1864, a eu comme modèle le code civil Napoléon (adopté également en Espagne, en Italie, en Grèce, etc.)

Selon des statistiques non officielles, actuellement un Roumain sur quatre s'exprime en français et plus de 40% des jeunes Roumains étudient le français. Plus de 60 écoles roumaines ont organisé des classes de langue française et plusieurs écoles roumaines (y compris les écoles supérieures) dispensent déjà leurs cours intégralement en français. Les émissions en français de Radio-France internationale et de TV5-Europe peuvent être captées à Bucarest, grâce aux émetteurs-écoles Radio Delta et TV Sigma. Enfin, de nombreuses publications françaises sont actuellement diffusées en Roumanie grâce à l'Institut français de Bucarest, aux trois Centres culturels français (de Cluj-Napoca, Iassy et de Timisoara) et grâce aux quatre Centres culturels de l'Alliance française (de Constantza, de Craïova, de Pitesti et de Ploiesti). C'est au sommet francophone de 1993 que la Roumanie est devenue membre à part entière de la Francophonie - la grande famille réunissant tous les pays et les territoires ayant en partage l'usage de la langue française.

Par le biais de cette originale voie d'ouverture sur le monde, elle pourra nouer de nouveaux contacts et développer ses échanges académiques, scientifiques, techniques et culturels.

Ces exemples, parmi tant d'autres, témoignent de l'intégration progressive et sûre de la Roumanie au mouvement francophone et de son attachement à des valeurs culturelles et sociales universellement reconnues en Europe et au-delà...

2) C'est pouvoir étudier en France

Les premiers Roumains à avoir étudié en France ont été - au début du XIXe siècle - les fils des princes régnants et des boyards de Valachie et de Moldavie. La plupart avaient eu des précepteurs français à la maison ou avaient fréquenté des pensionnats dirigés par des professeurs français établis dans les principautés danubiennes.

Parmi ceux-ci il y avait le fils (beizadea) du voïvode Michel Sturdza de Moldavie et Ion Ghica - le fils du "grand ban" Démètre Ghica. Plus tard, les futurs hommes politiques roumains sont, eux aussi, allés en France : C.A. Rossetti, Nicolae Balcescu, Ion C. Bratianu et ses fils (Ionel, Vintila et Dinu). Ils y ont étudié le droit et les sciences politiques.

À partir du XIXe siècle, de nombreux écrivains, artistes, hommes politiques, scientifiques et universitaires roumains ont étudié ou ont complété leurs études en France. Parmi eux figuraient :

- les écrivains Vasile Alecsandri, Alexandre Odobescu, Titu Maiorescu, Ioan Gane, Nicolae Iorga, Mircea Eliade, Alexandre Macedonski, etc.

- les artistes George Enescu, Constantin Brancusi, Nicolae Grigorescu, Ion Andreescu, Stefan Luchian, Stan Golestan, Dinu Lipatti, Mihail Jora, etc.

- les hommes politiques Nicolae Titulescu, Alexandre Ioan Cuza,

- les scientifiques et les universitaires Petru Poni, Constantin Istrati, Emanuel Bacaloglu, Gheorghe Titeica, Dimitrie Pompei, Emil Racovita, Victor Babes, Ion Cantacuzino, Dragomir Hurmuzescu, Constantin Miculescu, Alexandre Ciurcu, etc.

Les premières décennies du XIXe siècle ont représenté pour la Valachie et la Moldavie les débuts de l'enseignement technique supérieur (puisque les premières écoles d'ingénieurs ont été fondées en Moldavie, en 1813, par Gheorghe Asachi, et en Valachie, en 1818, par Gheorghe Lazar).

. Petrache Poenaru - un ancien élève de l'école de Gh. Lazar - a été le premier ingénieur roumain à compléter ses études en France (à l'aide d'une bourse française) à l'École polytechnique de Paris, à partir de 1826. À la fin de ses études et après un voyage d'études en France et en Angleterre (1830), il est devenu, à Bucarest, le fondateur de l'enseignement public roumain (tous les niveaux), en l'orientant vers les sciences exactes. Il faut mentionner que, pendant sa présence à Paris (en 1827), Petrache Poenaru a enregistré là-bas le premier brevet d'invention déposé par un Roumain en France. Il s'agit "d'une plume sans fin, portative, s'alimentant d'encre d'elle-même", c'est à dire le stylo actuel. En 1841 il publia le premier dictionnaire français-roumain et en 1850 il organisa une école pour les futurs ingénieurs roumains des ponts et chaussées.....

. Ion Ghica (1817-1897) - mentionné ci-dessus - a été non seulement un grand homme politique, un économiste et un écrivain mais aussi le premier ingénieur roumain des mines (diplômé en 1840 de la très célèbre École des mines de Paris, fondée en 1783). Entre autres, Ion Ghica a été l'un des fondateurs de l'Association des étudiants roumains de Paris (en 1839), a présenté - dans ses écrits diffusés en France - les principautés danubiennes et a établi des relations avec les révolutionnaires français Jules Michelet et Edgar Quinet.

Deux écoles supérieures parisiennes, l'École centrale des arts et manufactures (fondée en 1829) et l'École nationale des ponts-et-chaussées (fondée en 1747), ont formé de nombreux ingénieurs roumains lesquels, ensuite, ont eu un rôle très important dans le développement de l'industrie des travaux publics et de l'enseignement technique supérieur en Roumanie(4).

Parmi les plus importants ingénieurs roumains diplômés de l'ECAM (dont le nombre total a été de 42, jusqu'en 1900) ont été : Alexandre Golescu, Gheorghe Duca, Constantin Olanescu, Grigore Cerchez, Vintila Bratianu, Ion Cantacuzino, etc.
Parmi les plus importants ingénieurs roumains diplômés de l'ENPC ont été : Panait Donici, Dimitrie Frunza, Ion I.C. Bratianu, etc.

Tous ces ingénieurs roumains formés en France ont prouvé par leurs responsabilités, réalisations et performances le professionnalisme acquis à Paris. À côté d'autres ingénieurs roumains formés à l'étranger (par exemple à Berlin, à Munich, à Vienne, à Zürich, à Bruxelles, etc), ils ont construit en Roumanie des chemins de fer, des ponts, des tunnels et des chaussées, des ports, des bâtiments, des industries, des écoles techniques supérieures, etc...

À notre avis ils n'ont fait que suivre les conseils adressés aux Roumains par Jules Michelet, en 1859, à l'occasion de l'Union des principautés roumaines : "Soyez vous-mêmes, n'imitez personne, vous avez autour de vous et sous vos pieds des sources vives. N'enviez pas les vieux peuples, mais regardez le vôtre...Plus bas vous creuserez, plus vous verrez jaillir la vie..."

Si nous avons tellement insisté sur le devenir des élites roumaines ayant étudié au XIXe siècle en France, c'est uniquement pour mettre en évidence l'importance que ces études ont eue non seulement pour les personnes mentionnées, mais aussi et surtout pour le progrès de la Roumanie. Il faut préciser que les Roumains ayant étudié en France avant la Deuxième Guerre mondiale ou bien étaient des boursiers du gouvernement français, ou bien payaient eux-mêmes leurs études...

Les exemples concernant les ingénieurs pourraient être complétés par d'autres concernant les militaires (à l'École militaire de Saint-Cyr), les musiciens (à la Schola Cantorum ), les juristes (la première femme ayant obtenu le diplôme de docteur en droit en France a été la Roumaine Sarmiza Balcescu-Alimanisteanu), les médecins (car l'École nationale de médecine et de pharmacie, créée en 1856 par le Français Carol Davila à Bucarest, jouissait - grâce au décret de Napoléon III - des mêmes privilèges que les écoles préparatoires françaises de médecine(1)), les architectes, etc.

Malheureusement, la guerre froide et le rideau de fer ont réduit jusqu'à l'annulation le nombre des étudiants roumains à l'étranger. Après la guerre, avec la réduction drastique du pouvoir d'achat, peu de Roumains pouvaient se permettre de payer eux-mêmes leurs études à l'étranger....Et, même s'ils pouvaient se le permettre, ils n'avaient pas le droit de sortir de Roumanie....Mais quelques Roumains ont pu quand même obtenir des bourses du gouvernement français (offertes au compte-gouttes, par le biais du ministère de l'Enseignement). Puisque bon nombre de ces boursiers avaient décidé de ne plus rentrer en Roumanie, depuis les années 70 personne n'a plus bénéficié en Roumanie de cette faveur (pourtant tellement enviée par les jeunes et les moins jeunes Roumains). L'ancienne direction du pays considérait à tort que nous n'avions pas besoin des savoirs, savoir-faire et savoir-être dispensés à l'étranger. En réalité elle craignait que les boursiers partis à l'étranger ne rentrassent plus au pays...

En janvier 1990, les Services culturels français de l'Ambassade de France à Bucarest ont demandé aux Roumains désirant bénéficier de bourses/stages en France de se faire connaître.... Jusqu'en août 1990 ils ont reçu environ 17 000 (dix-sept mille) demandes, c'est-à-dire bien plus - hélas! - que le nombre total des boursiers de longue et courte durée du gouvernement français en 1989. La réponse tardive des services de l'Ambassade a été très-très décevante, puisqu'à peine 250 bourses ont pu être octroyées aux sollicitants roumains (après 20 ans d'interruption et 45 ans de guerre froide). Mais ce nombre a encore diminué les années suivantes pour se fixer, à partir de 1992, à 90 bourses à peine par année (2).

De plus, il faut savoir que, vu l'actuel pouvoir d'achat des Roumains, ils ne peuvent toujours pas se permettre le luxe de payer les études de leurs enfants en France. Dans de pareilles circonstances, la déception et les frustrations des jeunes Roumains qui n'ont pas obtenu une bourse sont tout à fait imaginables et compréhensibles...

Comme il est tellement difficile d'obtenir une bourse française et de se réintégrer en Roumanie à la fin des études en France, un certain nombre de boursiers roumains ont décidé de ne plus rentrer en Roumanie (afin de pouvoir travailler - même clandestinement - en France ou ailleurs pour un salaire supérieur de loin à celui qu'ils auraient reçu en Roumanie). Sans compter leurs résultats excellents obtenus presque sans exception pour leurs diplômes d'études approfondies (DEA) et d'études supérieures (DES), mastères et doctorats.

Nous sommes sûrs qu'une concertation, nécessaire, de tous les acteurs concernés (y compris les employeurs potentiels de Roumanie) pourrait conduire à des "mesures complémentaires" adéquates qui rendraient aussi attrayant que possible le retour des boursiers en Roumanie, en parallèle avec l'augmentation - tellement espérée - du nombre des bourses offertes aux Roumains.

L'actuel système d'obtention du visa français par les étudiants roumains - système conforme aux Accords de Schengen - est ressenti par ceux-ci à la fois comme une humiliation et une frustration. L'étudiant roumain juge discriminatoire d'être contraint de demander un visa pour la France, alors qu'un Polonais ou un Hongrois n'a plus besoin de faire cette démarche. Sans compter que, par réciprocité, les Français visitant la Roumanie ont, eux aussi, besoin d'un visa d'entrée.

3) C'est faire valoir les avantages de la langue française et soutenir son avenir en Roumanie

À notre avis, "être francophone en Roumanie" ne doit pas signifier uniquement un discours optimiste et réconfortant, célébrant la francophonie roumaine. La situation présente n'est pas acquise et il faut continuer à susciter l'intérêt des Roumains pour le français, par tous les moyens possibles. Si, en Roumanie, le français a été et reste une langue de coeur, encore faut-il que cette tradition reste vivante! D'ailleurs, selon Mihai Eminescu - le plus important poète roumain - si les vieux s'intéressent surtout au passé, les jeunes "s'orientent surtout vers l'avenir".

Les Roumains francophones et francophiles souhaiteraient que les autorités françaises sachent développer proritairement en Roumanie une politique linguistique adéquate en accentuant les efforts entrepris et en s'engageant financièrement davantage afin de :

    • diffuser massivement des manuels d'enseignement de tous niveaux et de toutes disciplines,
    • développer des enseignements scientifiques et techniques en langue française,
    • organiser des stages en France pour les professeurs roumains de français (environ 15 000) et pour les autres professeurs francophones,
    • organiser des écoles de langue française, depuis la maternelle jusqu'au supérieur,
    • aider toute initiative locale d'enseignement du français hors scolarité (par exemple dans le cadre associatif) et plus particulièrement à l'intention des adultes.

À notre avis, l'enseignement de la langue française doit être toujours considéré comme prioritaire en Roumanie, parce que :

    • c'est le meilleur moyen de faciliter les échanges culturels, scientifiques et techniques;
    • l'existence d'une francophonie active est une voie d'accès privilégiée au marché roumain.

Aujourd'hui, il est généralement admis que (2) :

1. Le français est beaucoup plus diffusé, compris et parlé en notre siècle qu'à l'époque des lumières (en raison de la politique linguistique qui a été menée en France, depuis la IIIe République, et à cause du développement des techniques de communication de masse dans lesquelles les futures "autoroutes de l'information" auront un rôle majeur).

2. Toutes les "positions" du français sont aujourd'hui menacées par un engouement général et compréhensible pour l'anglais (y compris en raison de la réputation de difficulté qui est faite à la langue française).

Il s'agit donc de faire valoir les avantages de la langue française et, surtout, d'y consacrer, en Roumanie aussi, des moyens adéquats.

À notre avis, le français est à la fois :

    • une langue littéraire prestigieuse, une langue philosophique et scientifique rigoureuse et la langue d'innombrables inventions et applications techniques,
    • une langue internationale, la langue officielle de la diplomatie au même titre que l'anglais,
    • la langue de la quatrième puissance industrielle, agricole et commerciale - la France.

Par conséquent, rien ne s'oppose à ce que le français soit, autant que l'anglais, la langue des enseignements scientifiques et techniques, la langue des échanges économiques et des relations commerciales, en Roumanie aussi...
Encore faut-il allouer les ressources financières, matérielles et humaines adéquates!...
À défaut de celles-ci, il est certain que de plus en plus de jeunes Roumains choisiront dorénavant la langue anglaise, bien plus facile et, actuellement, beaucoup mieux soutenue en Roumanie par de nombreuses et puissantes organisations américaines et britanniques.

4) C'est faire développer entre la Roumanie et ses partenaires francophones le sentiment d'une communauté d'appartenance et de destin

Après presqu'un demi-siècle d'isolement, la Roumanie a trouvé dans la francophonie une voie originale d'ouverture sur le monde (10).
Du Canada à la Suisse, en passant par l'Afrique, le Proche et l'Extrême-Orient - sans oublier la France - la francophonie compte plus d'un demi-milliard d'individus et englobe une cinquantaine de pays unis par l'usage de la langue française (langue maternelle, officielle de communication ou langue étrangère traditionnelle).

À notre avis, la francophonie constitue une véritable communauté internationale, un espace de solidarité et d'échanges commerciaux et socioculturels (dans le respect des cultures et des identités nationales), la langue française commune facilitant énormément la communication...

C'est pour promouvoir la francophonie en Roumanie et développer le sentiment des Roumains d'appartenance à cette communauté que milite à Bucarest, depuis cinq ans, la Ligue de coopération culturelle et scientifique Roumanie-France . Association sans but lucratif (d'ailleurs tout à fait irréalisable avant 1990), notre Ligue a déjà plus de 1500 adhérents - pour la plupart de prestigieux intellectuels et des jeunes habitant Bucarest et dix autres grandes villes roumaines. Membre de l'Association francophone d'amitié et de liaison (AFAL), de Paris et du Conseil national consultatif pour la Francophonie, de Bucarest, notre Ligue se propose aussi de faciliter les échanges et les contacts personnalisés entre la Roumanie et les autres pays francophones. Les principales difficultés rencontrées jusqu'à maintenant dans notre action sont liées surtout à la faiblesse de nos moyens, car nous survivons uniquement grâce aux cotisations et au bénévolat de certains adhérents.

Entre autres souhaits, nos adhérents aimeraient tous pouvoir visiter enfin les pays francophones - et surtout la France - mais, pour nombre d'entre eux les obstacles sont tout à fait infranchissables lorsque l'on compare le coût d'un voyage à l'étranger avec le salaire moyen mensuel : il faut trois mois de salaire pour visiter, par exemple, la ville de Paris, pendant deux semaines uniquement...

En plus, vu l'actuel coût de la vie en Roumanie, notre Ligue manque de moyens financiers adéquats, ce qui nous empêche largement d'atteindre nos buts statutaires et même de participer aux actions organisées en France par l'AFAL.

Toutefois, les responsables de la Ligue espèrent pouvoir surmonter ces difficultés matérielles avec l'aide de leurs nombreux amis et collègues francophones de par le monde.

C'est ainsi qu'on prouvera, entre autres, l'existence d'une communauté d'appartenance et de destin entre la Roumanie et ses partenaires francophones...

Références

(1) Les Français et la Roumanie (textes choisis par Paul Desfeuilles et Jacques Lassaigne), Bucarest, 1937.

(2) Conseil économique et social - "Les relations culturelles entre la France et l'Europe centrale et orientale " Journal officiel de la République française, N° 19/1992.

(3) Deniau Xavier, La Francophonie, P.U.F Paris, 1992 p .47-48.

(4) Travaux du Colloque sur l' Histoire des relations franco-roumaines du 18e siècle à nos jours, L'Académie roumaine, Bucarest, 1993.

(5) Pop Rodica, "Francophilie et francophonie dans l'espace littéraire roumain. Dans Lettres et cultures de langue française, (N° 18/1993).

(6)Daudel Christian - Géopolitique roumaine, 1993.

(7) Dragulanescu Nicolae, "La Roumanie francophone" Dans le bulletin d'information Interférences , édité par la Ligue de coopération culturelle et scientifique Roumanie-France, Bucarest, 1994.

(8) Haut Conseil de la Francophonie, État de la francophonie dans le monde La Documentation française, 1991-1994.

(9) Travaux du Colloque La Roumanie francophone - organisé par la Ligue de coopération culturelle et scientifique Roumanie-France et l'Association roumaine des Professeurs de français, Bucarest, 1993.

(10) Dragulanescu Nicolae, "La Francophonie - une voie originale d'ouverture sur le monde". Dans L' Année francophone internationale, 1995.

Commentaires :

•  Alain Guillermou

Quand vous irez à Barbizon, regardez, contemplez tous les tableaux de l'Ecole de Barbizon, vous trouverez apposée à un mur une plaque de marbre où vous lirez ceci : "Dans cette maison a vécu et a travaillé le peintre roumain Nicolae Grigorescu" et pour toujours son nom est inscrit à Barbizon. À ceux qui iront là-bas je demande de faire un très bref pèlerinage et de vous recueillir devant cette maison.

•  Vladimir Gusic
Université de médecine, Bucarest.

L'initiative de cette biennale en Roumanie est un très important facteur qui amènera le développement non seulement de la francophonie en Roumanie, des objectifs de la francophonie, mais aidera sans aucun doute à cette oeuvre de reconstruction culturelle et spirituelle de notre pays.

J'apporte donc un hommage chaleureux à M. le professeur Dragulanescu. Il a très bien compris par son action qu'aux grands maux il fallait de grands remèdes. Cette société roumaine a été si longtemps meurtrie par des menées visant à créer une psychologie introvertie, pour employer des termes psychiatriques, à caractère autiste et schizoïde, que dans ces conditions tragiques il fallait faire de grands efforts pour cette reconstruction.

L'association que M. le professeur Dragulanescu a créée est une association ouverte dans toutes les directions de la coopération et généreuse en même temps. Parmi les séquelles du régime dont nous sortons, une prolifération d'organisations non gouvernementales, presque héritières de la mentalité de la psychologie ancienne, égoïstes peut-être, et parfois même malhonnêtes, ont malheureusement compromis les idées au nom desquelles elles parlaient. Voilà déjà une réplique, celle de l'organisation de M. Dragulanescu, qui réhabilite cette idée d'organisation non gouvernementale.

J'ajoute à la citation qu'il a faite sur les idées de notre grand historien Nicolae Balcescu que, si nous voulons être libres, il faut illuminer notre peuple pour que sa manière de regarder le monde soit meilleure.

ANNEXE

BRÈVE CHRONOLOGIE D'UNE LONGUE HISTOIRE D'AMOUR ; LES RELATIONS FRANCO-ROUMAINES "ANTÉBELLIQUES"

XVIIIe siècle :

- les oeuvres des classiques français (Bossuet, Racine, Corneille, La Fontaine, Boileau, Molière) circulent en version originale dans les bibliothèques privées moldaves et valaques;

  • les premiers professeurs français de français enseignent dans les familles de grands boyards moldaves et valaques;
  • sont réalisées les premières traductions en roumain des oeuvres des classiques français.

Après 1789 :

  • les idées de la Révolution française se répandent dans les principautés danubiennes ainsi qu'en Transylvanie;
  • un grand nombre de Français nobles et d'officiers cherchent et trouvent en Roumanie refuge politique et douceur de vivre; ils apportent non seulement des idées nouvelles, mais aussi une culture et des moeurs occidentales.

1794 (Bucarest)
1796 (Iassy):

  • les consulats français ouvrent leurs portes dans les capitales des principautés (favorisant, entre autres, l'immigration française révolutionnaire ou royaliste). Des professeurs français immigrés (Dopagne, Lejeune, Lhomme, Colson) modèlent toute une génération d'intellectuels roumains.

Début du XIXe siècle:

  • les premiers étudiants moldaves et valaques ("les Bonjouristes") séjournent en France (surtout à Paris);
  • à la veille de la résurrection nationale, les peuples moldave et valaque recherchent un modèle de civilisation, un exemple de culture occidentale pour renforcer leurs racines latines. La culture et la civilisation françaises avaient non seulement ces qualités, mais aussi et surtout la gloire d'être, à l'époque, les meilleures au monde, à tous les points de vue ;
  • toute la génération des révolutionnaires de 1848 avait fait ses études, se formait et mûrissait à Paris (c'est autour de Lamartine, Jules Michelet et Edgar Quinet qu'on avait fondé ici le Cercle révolutionnaire roumain (animé par les prestigieux intellectuels roumains N. Balcescu, I. Ghica, C.A. Rossetti, A.I. Cuza, etc);
  • le précepteur français J. Auguste Vaillant fonde à Bucarest, en 1830, un établissement scolaire pour les fils de bourgeois. C'est ainsi qu'il commence à répandre d'une manière organisée et rigoureuse la langue française en Roumanie;
  • les étudiants roumains fondent à Paris, en 1846, la Société des étudiants roumains.

1848 :

Sur les barricades de la Révolution de Paris, les drapeaux tricolores des deux pays flottent côte à côte.

1859 :

La France soutient de tout coeur l'Union des principautés danubiennes (et la naissance de la Roumanie) en reconnaissant la double élection de A.I. Cuza.

1877 :

Napoléon III et la France favorisent l'obtention de l'indépendance roumaine.

1916 :

La Mission militaire française et le général Berthelot réorganisent entièrement l'armée roumaine. La Roumanie conclut un Traité d'alliance avec la France, la Russie, le Royaume-Uni et l'Italie.

1918 :

La France soutient la Grande Roumanie (l'Union des ex-principautés avec la Transylvanie et la Bessarabie).

1923 :

La Constitution roumaine s'inspire largement de la Constitution française; et le code civil roumain, du code Napoléon (C'est ainsi que tous les actes importants de l'histoire roumaine - de 1848 à 1940 - ont reçu l'appui de la France).

1939 :

Les premiers accords franco-roumains de coopération culturelle et intellectuelle sont signés.

1943 :

Les Roumains présents en France fondent le Front national roumain (ayant combattu dans la Résistance).

 


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